analyse no image

Published on novembre 11th, 2009 | by Anthony

0

« massive media » vs « micro media »

Emmanuel Torregano dans son billet « Massive Media Attack » compare les médias sociaux à des « massive media ». Pourquoi « massive media » ? Parce que :

Sur internet, on se rassemble devant un protocole, pas une chaîne. C’est plus massif. Et justement cela s’adresse aux masses. Facebook, Google, Twitter, YouTube, Daily Motion sont des Massive Media.

Disons le tout net, je ne suis pas d’accord, et même ca me met assez en rogne de lire ça. Emmanuel part d’un constat simple en parlant d’Internet :

Les médias classiques ont cru qu’il ne s’agissait que d’une petite lame, une vague un peu forte, mais les fondations n’étaient pas atteintes. C’est faux. Pire, il y a là une erreur totale. Fini, les médias, place aux Massive Media

Internet serait donc en quelque sorte un tsunami qui viendrait balayer les médias tradionnels. Déjà je ne suis pas d’accord. Les audiences TV se portent très bien et même augmentent puisqu’aujourd’hui, les téléspectateurs US par exemple passent 20% de plus de temps devant la TV qu’il y a 10 ans.

Media Stacking par Will Lion - licence CC

Media Stacking par Will Lion – licence CC

En fait, le consommateur média du XXIème siècle ne « switch » pas d’un média vers un autre, mais les additionne, ce qu’on appelle le « média stacking ». Concrètement, ca peut se résumer en regardant la télévision l’ordinateur sur les genoux en gardant un oeil sur son blackberry (..oui c’est comme ca que je regarde la tv …  ).

Mais revenons à cette histoire de massive media. Déjà, Internet n’est pas un média. C’est un moyen de communication, avant d’être un moyen de diffusion. Ensuite, Internet n’est pas UN. je dirais plutôt qu’Internet est une sorte d’infrastructure de communication qui permet en surcouche  de multiples formes de moyens de communication/médias. Pour le coup je suis d’accord avec Emmanuel : c’est le protocole qui fait le moyen de communication. Internet est donc plus une « collection de médias », une galaxie de systèmes médiatiques. Ce n’est pas pour rien qu’on surnomme Internet le « réseau des réseaux« .

Mais à vrai dire, ce n’est pas tant le mot média, que le mot « massive » qui me gêne. Pour qu’ Internet submerge et viennent balayer les médias traditionnels, il faut donc, dans l’idée qu’Internet soit plus gros, plus fort, plus puissant que les médias traditionnels…. d’où je suppose l’idée de « massive media ».

On nous aurait donc menti ? Internet ne serait-il pas différent des médias de masse ? N’en avait-on pas fini avec ces concepts de masse, de consommateurs, d’audience, de français… jolies catégories, panières à linge dans lesquels nous, pauvres individus étions noyés anonymes et suiveurs dans une vision de la foule bête et suiveuse digne d’un Gustave Le Bon et sa « Psychologie des foules » ? Soit, Emmanuel parle bien de « massive media », et non pas de « mass media ». Si ces médias sont « massive », ce n’est certes pas du côté de leurs finances ou de la taille de leur entreprise : Facebook a tout juste dépassé les 1000 employés cet été. Si ces médias sont donc « massive », c’est bien du fait de leur adhésion. Rappelons qu’un français sur 6 est sur Facebook.

Or comme dit plus haut, si Internet est une collection de médias, les réseaux sociaux sont eux-même également des collections de communautés. Facebook en lui-même n’est donc pas un média, mais c’est moi qui suis un média, via Facebook, au sein de ma communauté d’amis.  Or, et c’est là qu’à mon avis est la faute, personne n’a 10 millions d’amis sur Facebook. Les réseaux Facebook par exemple comptent en moyenne 120 amis. Twitter peut sembler une exception. Ashton Kutcher plafonne ainsi aujourd’hui à près de 4 millions de followers. Cela dit la moyenne des followers/following sur Twitter tourne autour de 700/1100. On est encore loin du côté « massive ». De plus quand vous êtes sur Twitter, vous ne suivez pas un média, mais autant de médias que de « following ». Si on considère qu’il peut y avoir une certaine loi de proportionnalité (pas vrai pour tous, je suis d’accord) entre le nombre de following et de followers, avoir une large audience sur twitter peut signifier également que son « message » soit fortement perturbé par le bruit ambiant, si l’on veut sortir du tiroir la théorie de la communication de Shannon/Weaver.

Ce que je veux dire au final, c’est que même si certaine vidéos font le tour de la terre, si certain tweets sont retweetés des milliers de fois, si certains « buzz » (comme certains aiment l’appeler) touchent des millions d’internautes, ils sont l’exception à la règle. Un blog, un compte Twitter, un compte Facebook, s’il peuvent toucher une large audience, ne sont pas fait par essence pour « l’audience ». Ils sont fait pour des individus.  Ce sont des réseaux humains, qui, s’il veulent conserver leur nature, se doivent de garder une taille humaine. Internet n’est pas un média de mass, ni même un « massive média ». Internet est une collection de micro-médias, inter-connectés, décentralisés, et qui ont pour caractéristique fondamentale d’inter-agir entre eux.

Voilà pourquoi je ne suis pas d’accord avec cette appellation de « massive media » Emannuel :).


About the Author

Je suis doctorant à l’université Paris X en Science de l’Information et de la Communication sur le sujet de la circulation de l’information sur Internet et de l’économie de l’attention. Je suis également fondateur de Digicomstory, la petite agence de communication experte en Digital. Avant de fonder Digicomstory, J’ai travaillé plusieurs années dans un grand groupe de relations publiques international. J’y ai créé et dirigé le département Digital au sein duquel j’ai conçu de nombreux programmes de communication web pour de grandes marques françaises et internationales. J’ai été formé à la communication sur les médias sociaux aux Etats-Unis, à Austin TX. Je suis titulaire d’une licence d’économie, d’une maîtrise en science politique et d’un Master en stratégies de communication internationale.



Back to Top ↑
  • A propos

    Ce blog a pour objet de réfléchir sur les médias sociaux avec comme objectif premier de poser des questions, plus que de donner des réponses… soit… cela paraît plus facile. Mais les blogs sont là pour lancer des conversations comme le dit Brian Solis. « Mais où est-ce qu’on est ? » explore donc les médias sociaux et s’intéresse à leurs rôles sur le web, dans la société et les changements qu’ils apportent dans nos comportements quotidiens.

  • L’auteur

    L’auteur de ce blog s’appelle Anthony Besson. C’est moi ;-). Je suis doctorant à l’université Paris X en Science de l’Information et de la Communication sur le sujet de la circulation de l’information sur Internet et de l’économie de l’attention.

    Je suis également fondateur de Digicomstory, la petite agence de communication experte en Digital. Avant de fonder Digicomstory, J’ai travaillé plusieurs années dans un grand groupe de relations publiques international où j’ai dirigé le département Digital au sein duquel j’ai conçu de nombreux programmes de communication web pour de grandes marques françaises et internationales.

    J’ai été formé à la communication sur les médias sociaux aux Etats-Unis, à Austin TX. Je suis titulaire d’une licence d’économie, d’une maîtrise en science politique et d’un Master en stratégies de communication internationale.