Une allégorie des formes de l’information

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L’information évolue et prend de nouvelles formes : du manuscrit à l’imprimerie, en passant par les blogs, l’information mute – et ce notamment selon l’outil qui lui sert de véhicule et les usages sociaux qui l’accompagnent. Les typologies de l’information sont nombreuses : origine et destination, diffusion, type d’utilisateur, niveau d’élaboration, media, nature, fréquence d’utilisation, finalité, nature, … J’aimerais ici m’intéresser à la structure de l’information : les règles qui permettent l’agencement des unités d’information entre elles et qui donnent à l’information sa forme. J’aimerais ici proposer une allégorie de l’information : celle de ses formes géométriques.

Une information carrée

Aujourd’hui, si je désire par exemple acquérir l’information « Ipad », plusieurs choix s’offrent à moi : je peux me procurer le livre du genre « tout sur l’iPad », ou « l’iPad pour les nuls ! » qui m’apporteront une information conçue par quelques auteurs, une information qui sera finie et que l’on peut considérer comme « morte » – dans le sens où elle n’a aucune possibilité d’évolution (je considère le tome 2 comme une nouvelle information 🙂 ). Je peux également acheter Wired Magazine ou tout autre journal High-Tech qui m’offriront les articles m’apportant l’information que je désire sur l’iPad – là encore une information générée par peu de personne, finie dans le temps et l’espace, condamnée à l’inertie. Nous pouvons matérialiser cette information par un carré : forme géométrique symbolique de l’unité, de la stabilité. Le carré est également le symbole du « créé » par opposition à « l’incréé » et au créateur. Et enfin, le carré est synonyme d’intégralité. Il symbolise donc bien cette information qui se suffit à elle même, cette information finie et inébranlable qui donne le « la » de « ce qui est » et ne laisse aucune place à la création, l’alternative, voire l’opposition.

Une information mi-solide, mi-molle

Deuxième possibilité, je peux parcourir les blogs high-tech. J’y trouverai de même de nombreux articles parlant de l’iPad. Mais à la différence de l’article papier, le blog propose des commentaires générés par quantité de lecteurs ajoutant, complétant, continuant l’information. Si cette information offre un format similaire à l’article traditionnel, elle offre une particularité qui change sa forme : elle est infinie (dans le sens ou le point de fin de l’article ne signifie justement pas la fin de l’information), et accepte que de nouveau auteurs viennent s’ajouter à l’auteur premier. Cette information est donc évolutive : acceptant en son sein de nouvelles unités informationelles qui viennent compléter le socle informationnel d’origine. Ces complétions d’information redéfinissent en même temps la forme de notre information d’origine – et ce de manière incertaine. En considérant alors ce type d’information d’un point de vue holistique, on se rend compte qu’elle est composé d’une partie « solide » et finie à laquelle vient s’ajouter une partie « molle« , malléable composées des commentaires qui continuent de façonner notre information au delà de sa base d’origine de façon indéfinie.

Une information polygone

Puis troisième possibilité, je vais consulter mes réseaux sociaux : mes Twitter, Facebook et autres Viadeo… Ces plateformes me procurent alors une information d’un tout ordre. Pour la plupart, ces informations ne sont que commentaires, mises en exergue de certaines unités d’information issue d’un blog ou d’un article. Ce nouveau type d’unité d’information émane de multiples sources qui se complètent les unes les autres pour former  un nouveau tout. Si je tape « iPad » dans search.twitter.com, j’ai accès à un flux d’information relatif à l’iPad qui offre, en tant que tout, des caractéristiques différentes du blog ou du livre, de l’article :

  • cette information n’a pas vraiment de début, d’origine
  • elle n’a pas non plus de fin
  • elle est construite par une multitude d’auteurs différents
  • cette une information « vivante » qui s’adapte, évolue, se corrige et « grandit » en permanence

Ces nouveaux support offrent ainsi un torrent d’information n’ayant intrinsèquement pas de début ni de fin. L’information est alors multiforme (de par la quantité de ses sources), infinie ( car elle ne possède ni début, ni fin) et enfin vivante : c’est à dire qu’elle évolue constamment. On peut la représenter par un polygone dont le nombre d’arètes s’accroitrait alors indéfiniment : chaque arète représentant une unité informationnelle nouvelle venant alors compléter la construction infinie de l’information « iPad » !

Au final, l’information, telle que nous la cotoyons tous les jours, ne suit-elle pas finalement le cours du monde qui la produit : en devenant plus complexe, plus diversifiée, plus insaisissable – impliquant toujours plus d’acteurs dans sa conception ?