Twitter au « procès » DSK : un journalisme pointilliste

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DSK et Brafman

L’affaire DSK qui a récemment défrayé le web a mis également en lumière – du moins pour le public français – une forme inattendue de journalisme faits de tweets live. Le phénomène n’est certes pas nouveau, mais c’est peut-être la première fois que s’est révélé de manière aussi flagrante (tout du moins à mes yeux) ce que j’aimerais appelé le journalisme pointilliste – du nom du courant du maître impressionniste Seurat. C’est qu’il ne faut pas s’égarer – le journalisme sur Twitter est avant tout un journalisme d’image et non une question littéraire !

DSK et Brafman

Le Twitter journalisme, encore du journalisme ?

Connectés à Twitter par leur mobile, les journalistes présents devant les locaux de la police de New-York ou à l’intérieur du tribunal nous ont fait vivre tweet après tweet les évènements comme si nous y étions. Certes, cette tendance journalistique n’est pas nouvelle. De plus en plus d’évènements sont couverts de la sorte car là où les caméras ne peuvent entrer, Twitter grâce aux mobiles le peut. Ces retranscriptions en temps réel viennent souligner les détails les plus insignifiants de l’événement : tenues vestimentaires des uns et des autres, expressions des visages, ressenti personnel, descriptions des gestes… Ces informations peuvent paraître triviales à posteriori et même fort éloignées de considérations journalistiques au yeux de certains obesrvateurs. Pas d’analyse dans ces tweets, pas de compréhension globalisante d’un événement, pas de prise de recul… Alors est-ce encore du journalisme ? Certains en doutent. Prenons le contre-pied de cette approche et affirmons d’emblée le contraire : oui, il s’agit bien de journalisme et peut-être même d’une nouvelle forme de journalisme : un journalisme d’image, un journalisme qui s’apparenterait à une peinture pointilliste.

Un journalisme d’image

C’est bien là qu’il ne faut pas se tromper. Ce n’est pas parce que Twitter s’appuie sur l’écriture qu’il faut l’assimiler à une nouvelle forme de presse écrite. Limité à 140 caractères, il paraît évident que Twitter aura du mal à rentrer dans les labyrinthes syntaxiques d’une analyse approfondie. Pour le journaliste qui utilisera Twitter, il s’agira plutôt de saisir l’événement à la volée pour en  retranscrire son essence brute. On l’aura compris, dans les événements tels que vécus lors de l’arrestation de DSK, c’est bien l’image que l’on nous transmet en 140 caractères. Il ne s’agit pas d’une information qui répondrait au canon journalistique des 5W : Who, What, Why, Where, When – mais plutôt d’une retranscription imagée : une sorte de twittervision. Faut-il s’en étonner dans un monde où l’information reine est celle de l’image ?

Un journalisme pointilliste ?

Pourrait-on aller jusqu’à dire : “a 140 characters tweet is worth an image” pour détourner en bonne et due forme l’expression consacrée (“an image is worth a thousand words”) ? Pas vraiment. C’est que Twitter ne se lit pas comme ça. Il s’agit tout d’abord d’un flux. Pour reprendre notre exemple de l’affaire DSK, nombre d’abonnés au réseau de micro-blogging avaient constitués des listes de membres présents lors du procès. En suivant ces listes, on pouvait donc suivre en un seul et unique “stream” toutes les publications des journalistes présents au procès. Dans ce flux précis d’information, chaque tweet apporte sa petite touche – mais c’est bien l’ensemble de ce flux qu’il faut prendre en compte pour saisir la “big picture” de l’image du procès. Comme un tableau pointilliste  que l’on visiterait dans un musée, il faut s’en éloigner de quelques pas pour saisir l’entièreté de l’image. C’est la même chose pour Twitter. C’est bien le flux qu’il faut prendre en considération et non le tweet.

Avions-nous oublié que notre époque était celle de l’image et que le web était un média participatif ? Twitter s’inscrit dans ces deux tendances et offre à l’internaute contemporain une « information image » composée de multiples tweets écrits par une multitude et qu’il nous faut saisir tel un flux – dans sa globalité et à la volée – pour en saisir l’essence.