facebook le bouton like

Published on juin 3rd, 2011 | by Anthony

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La guerre des boutons : le “like”, le “follow” et le “+1”

En février 2011, Facebook rendait possible l’incorporation du bouton “like” sur n’importe quel site Internet. Le 31 mai et le 1 juin, se sont respectivement Twitter et Google qui ont annoncé un produit similaire : le premier propose son traditionnel “follow” alors que Google continue de pousser son récent bouton +1. Ces 3 boutons qui se font la guerre ont une même vocation symbolique : conquérir les territoires de l’Internet . Mais ne peut-on déceler des nuances parmi ces 3 boutons – autres que fonctionnelles ? J’aimerais explorer ici une mythologie du “like”, du “follow” et du “+1”…

Le “like”

Pensé par les cerveaux Facebookéens dès 2007, le “like button” de Facebook est devenu l’égérie d’une génération d’internautes, un symbole de ralliement, d’appartenance à une même “bande”. Le “like” se montre, s’affiche, il témoigne tel un tatouage de gang de l’appartenance au clan :

“YES, I do “like” Lady Gaga!”

Le “like” est l’expression d’une identité, ou plutôt d’une collection d’identités – le “like” est partageur.  Le like veut surtout étendre son pouvoir sur le monde et “liké-iser” tout se qui se compose de 0 et de 1.

Le “like” est une transaction également : une preuve de fidélité contre laquelle on attend une preuve d’amour, une attention particulière, des petits mots gentils laissés sur son wall Facebook, le sentiment d’un privilège. Les “likers” font partie ainsi d’une caste de favorisés : en échange de leur temps de cerveau disponible qu’ils donnent bien volontiers pour abreuver leur passion intarissable, les likers se voient offrir des faveurs : coupons de réduction, annonces en avant première, amusements divers et variés…

La communauté des “likers” s’avère également une communauté très soudée. On aime ensemble, on partage ensemble, mais aussi on se révolte ensemble quand la trahison se fait sentir : toucher à l’iconographie du culte est sacrilège ! Les “likers” connaissent la solidarité et la fidélité. Ils forment un groupe homogène inter-reliés et unis autour de leur objet d’adoration.

Le “follow”

Le follow de Twitter sonne comme un appel messianique : suivez moi ! Suivez-moi si vous voulez écouter la bonne parole. Le follow est un acte démonstratif, un acte de foie qui attend une bénédiction : je te suis, et en échange tu me suis. Le follow est une connexion inaltérable, un pacte de sang, une acceptation d’un “vivre ensemble”, de parcourir un chemin main dans la main. Le follow est la promesse d’entrer dans la vie de son followé.

Le follower cherche un guide, un guide qu’il pourra suivre. Un guide qu’il pourra écouter. Les followers ne veulent rien manquer du flot de tweets de leur messie – messie que l’on suit dans ses moindres mouvements et duquel on attend fébrilement le prochain tweet qui apportera la révélation. Révélation que les followers pourront répandre sur le web et amplifier par leur retweets intempestifs. Le follower est un apôtre de la bonne parole !

A la différence des likers, les followers entre eux sont comme des loups. S’ils vénérèrent inconditionnellement leurs guides, chaque follower se garde un objectif secret et poursuit inlassablement le même but : devenir messie à la place du messie. Les followers ne travaillent en fait que pour une seule gloire : la leur.

Le “+1”

Le “+1” googlien est secret, il ne s’expose pas. Il est une allégeance discrète. Le “+1” est également un soutien pesé : un acte calculateur pour pousser sur le devant de la scène son idole. Le plussoyeur veut modifier l’ordre du monde/web, il veut peser sur les équilibres et travaille dans l’ombre des algorithmes pour faire éclater sa vérité. Plussoyer est un sacerdose – point de salut possible, aucune récompense à l’horizon. Tel un Sisyphe des temps moderne, la tâche de l’ouvrier plussoyeur n’a pas de fin – elle se répète inlassablement devant chaque nouvelle “query” : analyse, trier et enfin plussoyer les messages de l’oracle.

Les plussoyeurs forment une armée de l’ombre qui travaille pour la gloire de l’oracle. Ils sont les ouvriers d’une machine qui les dépasse – une machine qui brasse les savoirs du monde et apporte la vérité à quiconque vient la lui demander. Les plussoyeurs sont une caste de sans-visages dont la mission reste immuable : alimenter le grand calculateur. Tel un méta-algorithme, ils sont la machine.

S’ils travaillent à une même but, les plussoyeurs ne se croisent pas, ne se parlent pas – chacun est emmuré dans sa tâche. Il n’y a pas de communication possible autre qu’avec l’oracle. Dénués de parole, les plussoyeurs sont tout entier à leur mono-tâche, obsédés par leur or immatériel : le data. Tels des hommes machines, leur pensée est fonctionnelle, binaire et ne permet pas la transgression. Les plussoyeurs sont les nouveaux robots de krawl du web.

La guerre des boutons a commencé

Cette guerre des boutons, c’est bien entendu d’abord une guerre de chapelles, mais aussi une guerre de territoire. Il faut coloniser les territoires du web qui restent vierges du 2.0. Il faut évangéliser le web – et pour cela, chacun des trois champions s’emploie à recruter des armées de fidèles toujours plus grandes et plus prosélytes. Qui gagnera ? L’avenir nous le dira, mais qu’on se le dise :  la guerre des boutons ne fait que commencer…

*je précise pour les âmes sensibles que ce court article reste une mythologie, soit une belle histoire :)

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About the Author

Je suis doctorant à l’université Paris X en Science de l’Information et de la Communication sur le sujet de la circulation de l’information sur Internet et de l’économie de l’attention. Je suis également fondateur de Digicomstory, la petite agence de communication experte en Digital. Avant de fonder Digicomstory, J’ai travaillé plusieurs années dans un grand groupe de relations publiques international. J’y ai créé et dirigé le département Digital au sein duquel j’ai conçu de nombreux programmes de communication web pour de grandes marques françaises et internationales. J’ai été formé à la communication sur les médias sociaux aux Etats-Unis, à Austin TX. Je suis titulaire d’une licence d’économie, d’une maîtrise en science politique et d’un Master en stratégies de communication internationale.



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    Ce blog a pour objet de réfléchir sur les médias sociaux avec comme objectif premier de poser des questions, plus que de donner des réponses… soit… cela paraît plus facile. Mais les blogs sont là pour lancer des conversations comme le dit Brian Solis. « Mais où est-ce qu’on est ? » explore donc les médias sociaux et s’intéresse à leurs rôles sur le web, dans la société et les changements qu’ils apportent dans nos comportements quotidiens.

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    L’auteur de ce blog s’appelle Anthony Besson. C’est moi ;-). Je suis doctorant à l’université Paris X en Science de l’Information et de la Communication sur le sujet de la circulation de l’information sur Internet et de l’économie de l’attention.

    Je suis également fondateur de Digicomstory, la petite agence de communication experte en Digital. Avant de fonder Digicomstory, J’ai travaillé plusieurs années dans un grand groupe de relations publiques international où j’ai dirigé le département Digital au sein duquel j’ai conçu de nombreux programmes de communication web pour de grandes marques françaises et internationales.

    J’ai été formé à la communication sur les médias sociaux aux Etats-Unis, à Austin TX. Je suis titulaire d’une licence d’économie, d’une maîtrise en science politique et d’un Master en stratégies de communication internationale.